Hier, au restau avec mon ami Guillaume, il m'a semblé mettre en branle ce vœu pieux que je me fixe depuis mon retour d'Espagne (si si, estube en Madrid, y me lo paso genial) : goûter aux plaisirs parisiens avec la voracité du vacancier, le travail quotidien en plus. Nostalgie d'une vie madrilène trépidante, où, debout à sept heures, j'assistais à à des cours d'espagnol toute la matinée (hablo un poco espanol ahora), partageant ensuite le reste de mon temps entre les siestes, la gym et la visite systématique des bars de Malasana, Lavapies et Chueca (alcooliser ses veines, terroriser son foie). Le retour à Paris restant ce qu'il a toujours été, et préfigurant ce qu'il continuera sans doute à demeurer, c'est-à-dire un puits sans fond de dépression potentielle et de questionnements stériles (pourquoi suis-je revenu ? Et comment repartir ?), il convenait de se remettre en selle. Et rapidement, pronto, de surcroît. Sinon, c'était la chute libre.

La bonne résolution de rentrée a donc consisté à multiplier les plaisirs inattendus, et considérer sa bonne vieille ville pierreuse et grise comme une source d'émerveillement dont on aurait su retrouver le mécanisme - une fontaine, oui, une fontaine, genre Versailles, fin février, qui retrouverait pression et eaux après l'hiver et trois discrets tours de manivelle.

Hier, par exemple, lecture de Contre-Jour, le nouvel opus de Thomas Pynchon, dans une librairie de Gambetta. Qui lit ? C'est Claro, le traducteur, malheureusement pas très bon lecteur (et de penser : c'est étrange que des traducteurs - également auteurs, Claro ayant commis un Madman Bovary, flaubertophile et étrange - puissent se sentir capable de lire à haute voix devant une assemblée, comme si c'était là simple, évident, comme si la lecture à haute voix ne demandait pas ce minimum de technique qui lui est pourtant nécessaire ; étrange de penser cela, aussi étrange, je crois, que si un comédien publiait un appendice au dernier Jelinek sous prétexte qu'il (ou elle) aurait joué dans Les Amantes (pas les mêmes spécialisations)). C'est néanmoins toujours agréable d'entendre Pynchon à voix haute, même si, trempé par une mousson subite, on dégouline de pluie qui pue, et que le succès de ce rendez-vous littéraire (nombreux, debout, loin, serrés, entre des piles de livres) induit un microclimat équatorial circonscrit à la boutique. Peu de débat, après, mais cet amusant T-shirt de Claro, I am not Thomas Pynchon. Moi non plus, c'est bien dommage. Un livre de plus à gloutonner, quand j'en ai tant en réserve, et puisque je lis actuellement le pavé de Klaus Mann, je n'ai acheté, quel radin, qu'une nouvelle de HP Lovecraft, nouvelle que je n'ai pu m'empêcher d'entamer hier à minuit et demi, frisson de l'épouvante sous la couette, dépit de l'adultère, et mon Mann n'est pas content.

Une journée donc, hier, à écrire Soda, puis à dépenser sur un tapis de course des calories stupidement stockées pendant douze heures, pour terminer sur Pynchon et un steak tartare. Allez, oui, ça ressemblerait à des vacances bien organisées, avec huit heures de travail en sus. Vacances à Paris, la la la la la.

Combien de temps vais-je tenir ?

PS : je me suis inscrit également sur Facebook. Chronophage, addictif, exaltation à la petite semaine, exactement pour moi, merde.